République Tunisienne
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Mosquée Az-Zaytuna

La Mosquée Az-Zaytuna, ou la Grande Mosquée, est la deuxième plus ancienne et plus grande mosquée de Tunisie, et compte parmi les plus importantes dans le pays en raison de la robustesse de sa construction, de la richesse de son ornementation, de la cohérence de ses éléments architecturaux et de sa parfaite intégration, que ce soit en termes d’architecture ou de fonctions, dans le tissu urbain de la médina de Tunis (grands axes de circulation et souks). Cette mosquée a été fondée vers l'année (79 de l’hégire / 699 ap. J.-C.). par  le général ghassanid Hassan ibn Nu'man, qui a dirigé la conquête  de Tunis, Puis, ce fut Ubayd Allah ibn al-Habhab, le gouverneur nommé par le calife omeyyade Hisham bin Abd al-Malik en Ifriqiya, qui la reconstruisit en l'an 110 de l’hégire / 728-729 ap. J.-C.. C’est ainsi qu’il réalisa des travaux d’agrandissement   avec l'aide d'experts et de maçons coptes dépêchés à Tunis par le gouverneur d'Egypte, pour construire l’arsenal. Les récits varient quant aux origines de son nom. D’aucuns pensent que la mosquée a été édifiée sur un  site où poussait une zaytouna (arabe pour olivier) et qu’elle en a pris le nom. Selon une autre version la mosquée aurait été édifiée sur les vestiges d'une ancienne basilique chrétienne, qui accueillait les reliques de Sainte-Olive, martyrisée sous Hadrien. 

Cette mosquée a été entourée des soins attentifs de toutes les dynasties qui ont gouverné le pays ; cependant, ce sont les Aghlabides qui y ont laissé l’empreinte la plus marquante. Les travaux qu’ils y ont réalisés étaient  destinés à   embellir l’édifice, à raffiner son architecture et son ornementation et à    augmenter sa superficie. Mais, ils étaient d’une envergure telle qu’ils ont  presque occulté les caractéristiques originales de l’édifice. Le mérite en revient au prince Aghlabide  Abi Ibrahim Ahmed (242 - 249 de  l’hégire / 856 -864 ap. J.-C.), qui était connu pour son penchant pour la construction et l’urbanisation du pays et l’édification de  monuments de tout genre. Ce prince ordonna la mise en place d’une salle de prière à colonnade, en forme de quadrilatère  irrégulier, couvrant une superficie de 1344 m2. Elle est composée de 6  travées et quinze nefs perpendiculaires au mur qibli, mesurant chacune 3 mètres de largeur, à l'exception de la nef médiane et la nef transversale du transept, qui mesurent 4,8 mètres de large. Les arcs qui portent la charpente sont construits en pierre.

Les travaux de construction se sont  poursuivi à la mosquée az-Zaytuna pendant la période fatimide (296 - 362 de l’hégire / 909 - 973 ap. J.-C.) exécutées  par leurs vassaux les princes Sanhajides, qui ont renouvelé la mosquée, agrandi ses composantes et soigné son ornementation. On relèvera à cet égard   la la magnifique coupole au-dessus du bahu et du portique précédant    la salle de prière édifiés par Al-Mansur bin Abi Al-Futouh Yusef bin Ziri (373-386 de l’hégire / 983-992 ap. J.-C.). La mosquée a également été entourée des soins attentifs des sultans hafsides. En l'an 648 de l’hégire / 1250 ap. J.-C., le sultan Al-Mustansir Billah l’a relié à l’aqueduc   d’adduction d'eau de Zaghouan et l’a pourvue   d’imposantes citernes. Il a également restauré et consolidé ses murs. En l'an 716 de l’hégire / 1316 ap. J.-C., le sultan Abu Yahya Zakariya al-Lihyani a remplacer les poutres et fait ouvrager les portes en bois qui ferment la salle  de prière et les dépendances. Et c’est au  sultan Abu Abdullah Muhammad al-Hafsi que la mosquée doit  la dépendance située dans la cour dite des funérailles et le sabil (fontaine) situé en dessous. Les sultans hafsides y ont  installé une bibliothèque qui regroupe trois salles. Consacrée à la bibliothèque léguée par le 18e Sultan hafside Abû Fâris `Abd al-`Azîz (1394 – 1434) la première salle a été édifiée en l’an 822 de l’hégire / 1419 ap. J.-C., dans la  mujannaba  (galerie) dite d’al-Hilal  située à l’angle nord-ouest de la cour, sous le minaret, selon les dires de l’historiographe az-Zarkashi,   dans son ouvrage intitulé Tarikh ad-Daoulatayn’(L'Histoire des deux États). La deuxième salle a été consacrée à la bibliothèque léguée par le Sultan Abi ‘Amr Othman (r. 1435-1488).  Edifiée à l'emplacement de la maqsoura  (chambrette) sud-est connue  sous le nom de Maqsurat Sidi Mahrez, elle a été aménagée en 854 de l’hégire / 1450 ap. J.-C., comme l’atteste l'inscription au-dessus de sa porte. Une porte remarquable par ses éléments décoratifs, tels que les sculptures sur bois et l’arcature à claveaux bichromes en marbre blanc et noir. La façade de cette salle donne sur le souk al- Fakkah. La troisième bibliothèque, est la bibliothèque dite al-Abdaliya . Elle est l'œuvre du sultan Abu Abdullah Muhammad (899-932 de l’hégire / 1493-1525 ap. J.-C.).

Pendant l'occupation espagnole, la mosquée allait souffrir de négligence et subir des agressions, mais son sort s’améliora pendant la période ottomane. C’est ainsi que les Muradites lui adjoignirent  un minaret et augmentèrent plus tard sa hauteur. Un cadran solaire fut aussi érigé dans la cour destiné à indiquer les heures de prière. On leur  doit aussi la mujannaba (galerie) orientale connue sous le nom de Sahn al Janaiz (Cour des funérailles) et la reprise de son toit. Au cours de cette période, la salle de prière a été  décorée et le mur du mihrab a été  recouvert de stuc superbement sculpté. Les toits de la mosquée ont également été renouvelés. Au cours de  la période husseinite, la  mosquée fera l’objet  d’autres travaux. C’est ainsi  que l'ancien minaret a été remplacé par un autre de style hispano-mauresque, joliment décoré, en plus de nombreuses restaurations et réparations dans différentes parties du sanctuaire.

La mosquée s'étend sur une superficie de 5 000 mètres carrés. Elle est dotée de neuf portes. Son plan trapézoïdal  n’est pas sans rappeler celui de la mosquée d'Uqba ibn Nafi ' à Kairouan. Sa cour est entourée de portiques sur les quatre côtés. La   galerie servant de narthex repose sur des colonnes surmontées de chapiteaux antiques, tandis que les trois autres galeries sont soutenues par des colonnes de marbre blanc importées d'Italie au XIXe siècle. Un cadran solaire occupe le centre de la cour. Le minaret de forme  carré et de 43 mètres de haut, se dresse dans l’angle nord-ouest de la cour et reprend la décoration du minaret almohade de la mosquée de la Kasbah faite d'entrelacs en calcaire sur un fond en grès ocre.

Les plafonds de la mosquée  ne sont tous du même type ; celui de la salle de prière par exemple  est soutenu par des solives apparentes en bois. Les plafonds reposent sur des colonnes en marbre, dont la plupart proviennent des sites archéologiques romains et byzantins de Tunisie. Le mihrâb est coiffé d'une coupole en pierres de taille soigneusement agencées, à base carrée, surmontée d'une frise et rehaussé de petits ornements aux formes curvilignes. Une forme cylindrique émerge de la base parée de 10 colonnes à chapiteaux en feuilles d’acanthes. Elle comprend dix fenêtres arquées, surplombées par une forme hémisphérique cannelée. Une inscription à la base de la coupole du mihrab signale le nom du fondateur et la date de construction (381 de l’hégire/991 J.-C.). Le mihrab est orné d’un panneau de marbre sculpté et de diverses inscriptions très élaborées, gravées sur le stuc.

 

Pour sa double fonction  religieuse  et éducative, la mosquée az-Zaytuna jouit d’une grande  vénération auprès de la population tunisienne. Non seulement elle constituait le pilier de la vie religieuse, mais aussi  un haut lieu de savoir et d'enseignement. Imams et cheikhs y dispensaient régulièrement des cours en Fiqh (jurisprudence), Tafsir  (interprétation du Coran) et de langue à des étudiants rassemblés autour d’eux en halqa ( petits cercles concentriques), jambes croisées ou agenouillés. Ensuite, l'enseignement  a été formalisé, avec la création de l'Université d’ az- Zaytuna, qui  attirait  des étudiants  en sciences religieuses de tous les pays du monde. Le système d'enseignement à az- Zaytuna a  fait l’objet de plusieurs réformes, dont celle entreprise en 1842, par Ahmad Pacha Bey. Muhammad al-Sadiq Bey, sur conseil du ministre réformiste Khair al-Din, en fera de même en 1876. Pour ce faire, un comité d'érudits de la Zaytuna et d'hommes d'État a été élu pour décider du contenu des  enseignements et le rédiger. Aujourd’hui, la mosquée az-Zaytuna est considérée comme l'un  des sanctuaires  et monuments historiques les plus prestigieux de la ville de Tunis.

 

 

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